• Romain Pilloud

Une année de vélo électrique en ville, en pente, en Romandie 🚲


Photo lors d'une promenade dans les hauts de Montreux - Belle vue, n'est-ce pas ?

Il y a un an, j'ai fait le pas ; j'ai acheté un vélo électrique (limité à 25 km/h) ! Un an et 3000 km plus tard, j'estime avoir pu analyser en profondeur la différence entre les attentes et la réalité, les avantages et les défauts de mon achat. Je roule en ville, à plat, en montée, pour des courts ou des longs trajets, quand il pleut ou qu'il fait beau, en été ou en hiver. Pour commencer, il faut le dire haut et fort : je n'ai pas regretté mon achat, qui a largement contribué à améliorer mon quotidien (plus que ce que je ne pensais).


L'achat et le coût

Tout d'abord, revenons sur quelques faits. J'ai acheté mon vélo en novembre 2019, chez Easycycle à Lausanne. Je vous conseille d'aller faire votre achat dans un tel magasin spécialisé. Ils sont reconnus pour l'entretien et la réparation de vélos électriques, dont le défaut majeur est de ne pas pouvoir réparer soi-même une panne moteur. Celui-ci valait 4000.-, mais il a roulé en location pendant l'été et j'ai profité de l'automne pour cumuler avec les soldes. J'ai donc payé CHF 2400.- pour ce vélo, et j'ai bénéficié des 20% de subvention de la commune de Montreux pour m'aider à payer cet achat. Au final, le vélo m'a coûté CHF 1920.-. Bon plan, donc, réfléchi à l'avance.


Après un an d'usage, premier constat : le coût, inclus entretien, a été un peu plus élevé que prévu. Avec 3000km sur un an, c'est 3 révisions du vélo (1x tous les 1000 km) et 2 réparations express en complément. A chaque passage en magasin, en moyenne, je compte CHF 200.- en moyenne (travail, pièce, temps). J'ai donc compté environ 1000.- de frais d'entretien sur une année. Bon, j'ai beaucoup roulé il faut dire. A cela s'ajoute un peu de matériel. Indispensable ami du cycliste urbain ou du cyclovoyageur, les sacoches. Oertlieb est indétrônable en la matière. Ils font les sacoches les plus résistantes du marché et qui conviennent à tous types d'usages. Mais il faut mettre le prix. J'ai donc payé environ CHF 240.- pour 2 sacoches 60 litres, largement assez pour voyager une semaine à vélo et pour faire ses courses (et ses réserves). Enfin, je paie CHF 240.- par année pour un "passeport vélo", l'équivalent vélo de l'abonnement général. Ça vaut très vite la peine, le billet individuel vélo étant assez onéreux pour le train. Je pars du principe que j'amortis les coûts d'achat en 5 ans, tout comme le matériel. Le vélo me coûte donc, tout compris, environ CHF 1672.- par année. Pour prendre en compte mes coûts de déplacement complets, je dois encore ajouter à cela le coût de mon AG jeunes (16-25 ans), qui bénéficie lui d'une subvention communale de CHF 300.-. (donc CHF 2350.-). Grâce à cela, mes coûts de déplacement culminent à environ CHF 4000.-. A l'ATE, où je travaille, les coûts d'entretien du vélo (CHF 1000.-) et le passeport vélo (CHF 240.-) sont pris en charge, et une aide de CHF 70.- par mois (CHF 840.-) est versée pour mon AG. Au final, chaque année, je paie donc CHF 1920.- pour ma mobilité. Un coût de déplacement extrêmement faible, si on se base sur le coût annuel moyen d'une voiture individuelle (CHF 10'000.- selon le TCS). Financièrement, c'est donc indéniablement un bon plan, malgré quelques coûts sous-évalués lors de mon achat. Je dois aussi préciser que je loue une Mobility quelques fois par année, quand je n'ai pas le choix. Je n'ai pas compté ce coût car son usage se résume quasi-exclusivement aux déplacements professionnels.


Est-ce que je suis plus rapide qu'une voiture ?

Cela dépend. Dans 90% de mes déplacements, c'est le cas. En effet, en ville, un vélo électrique arrive à destination en presque toute circonstance AVANT les voitures, et avant les bus, même s'ils disposent de leur propre voie (voie propre, dans le jargon). Mon vélo file à une moyenne de 20 km/h. A côté, la voiture subit les files aux heures de pointe et ne peut pas devancer un véhicule devant elle. Je n'ai pas trouvé de chiffre sur la question, mais je pense qu'en heure de pointe, la voiture ne va pas à plus de 15 km/h en ville. Une étude démontrait quant à elle que la vitesse moyenne des bus dans les villes suisses ne dépasse pas les 6 à 10 km/h. J'ose imaginer ce chiffre plus élevé pour une ligne interurbaine comme la ligne 201 entre Rennaz et Vevey, mais pas de beaucoup (je vais plus vite que lui en heures de pointe, au moins à la même vitesse aux heures creuses).


Deux moments où je suis plus "lent" qu'une voiture

  1. pour les longs trajets hors de la ville, où à 25km/h au meilleur de la forme du vélo, je ne tiens pas la distance sur des routes à 60 ou 80km/h, bien que j'aie tendance à rattraper les voitures lorsque les carrefours et feux se multiplient

  2. dans les montées, par exemple dans les hauts de Montreux (Préalpes) où en général, je ne dépasse pas les 18km/h et je me fais tracer par les voitures (à moins qu'elles soient bloquées derrière

Le constat : il y a peu de moments où le vélo électrique à 25km/h fait pâle figure face à la voiture ou le bus, surtout quand il est combiné avec le train. Quant au vélo électrique 45 km/h, on imagine que les deux situations évoquées ci-dessus sont en partie comblées !


Le temps ou la température - des barrières ?

On entend souvent des renoncements aux déplacements quotidiens à vélo électrique pour deux principales raisons :

  1. C'est nul quand il pleut

  2. C'est nul quand il fait froid

En réalité, ce sont des faux problèmes. En étant correctement équipé, (1) on peut rester sec de la tête au pied lors d'un trajet et (2) on n'a pas froid en hiver. En hiver, des fois, c'est même l'inverse ; trop s'équiper donne vite un petit coup de chaud. Mais soyons honnêtes : mes deux principaux ennemis sont la neige et le verglas, qui rendent la conduite dangereuse est risquée. Pas grave, mon vélo peut bien rester au parking 1-2 jours le temps que tout se calme.


Le voyage dans le train - pas toujours facile

Je prends mon vélo dans le train tous les jours. On étant aux études à temps partiel, je passe régulièrement de mon domicile à mon boulot, en transitant parfois par l'Université, le tout entre deux espaces (agglomération Lausanne et la Riviera). C'est là où mon vélo est le plus précieux. Il me permet d'économiser de 20 à 40 minutes de temps de déplacement par jour par rapport à l'usage exclusif des transports publics ; c'est non-négligeable !


Mais les CFF tous comme ses usagers ne sont pas très "velo-friendly". Ainsi, les infrastructures manquent terriblement dans les wagons, en particulièrement dès que le printemps revient. Quant aux crochets, il m'a fallu un temps d'adaptation pour les utiliser car le vélo électrique pèse son poids ! dans un RegioExpress, j'ai une fois demandé gentiment à un usager de se déplacer de l'espace vélo (il y avait d'autres appuis disponibles) pour que je puisse caser mon vélo, ce qu'il n'a pas du tout aimé... Quant à d'autres situations, les gens ne font souvent pas attention aux cyclistes et au besoin de places. Pourtant, les gens font cet effort avec les poussettes et les gens aux 3 ou 4 valises. Pourquoi pas pour nous ?


Bref, un effort des CFF pour augmenter le nombre de places vélos dans les trains et dans les gares, une accélération du réhaussement des quais et un peu de courtoisie de la part de certains pendulaires seraient appréciés. En hiver, je suis un peu plus tranquille, ouf !


Ce qui ne va pas

Soyons francs, tout n'est pas rose. Le vélo électrique a des défauts, soit liés à sa nature même, soit liés aux infrastructures lacunaires. En voici une liste non-exhaustive :

  • La batterie : la technologie progresse assez rapidement et les vélos électriques disposent d'une meilleure batterie aujourd'hui. Mais je dois la recharger en moyenne tous les 2 jours... et gare à moi si j'oublie. A plat ça va, mais en montée, sans moteur, le poids du vélo électrique le rend quasi-inutilisable

  • Le nombre de services : comme expliqué plus haut, j'ai amené mon vélo 5x chez le garagiste cette année. Cela me paraît beaucoup. Après c'est vrai que j'ai beaucoup roulé, mais quand même ! J'espère améliorer cette situation en 2021 et diminuer le nombre de visites à l'atelier

  • Le stationnement et les infrastructures routières : le cauchemar de tout cycliste, électrisé ou non, ce sont évidemment les infrastructures lacunaires. Peu de sécurisation, retour abrupte dans la circulation routière, portières ouvertes, automobilistes très agressifs, et bien sûr un stationnement encore trop peu développés peuvent décourager certains à se lancer dans cette mobilité. Cela est très contraignant de faire attention sur une route qui n'a jamais adaptée à l'usage du vélo. Bonne nouvelle néanmoins : on va vers le mieux, notamment à Lausanne. Montreux devrait suivre d'ici quelques années. On se réjouit de voir la mise en place des autorisations de tourner à droite aux feux rouges dès 2021. Je vois également trop de nouveaux bâtiments mal équipés pour accueillir les vélos : les places de stationnement sont insuffisantes, souvent mal placées et mal sécurisées.


Le sport

S'il est clair qu'à distance égale, le vélo classique fait dépenser plus de calories, il est certain que je n'aurais pas fait 3000 kilomètres à vélo en 2020 sans vélo électrique. Comme le démontrent des études, le mouvement engendré en pédalant entraîne effectivement un effort physique mesurable et positif pour la santé. J'ai donc contribué à diminuer voire à supprimer complètement ma sédentarité. Bon point !


Conclusion

Malgré quelques défauts évoqués en toute transparence (existe-t-il un moyen de transport parfait ? non), l'essentiel du vécu cette année a été positif. Il permet de disposer d'une mobilité à bas coût, plus écologique qu'en transport individuel, se complète très bien d'une multimodalité (train, parfois Mobility). Les points négatifs sont assez peu liés à l'objet en tant que tel, et la plupart seront sans doute améliorés grâce au renforcement de la place du vélo dans l'espace public (et donc des infrastructures et de la sécurité) et le développement technologique du vélo électrique qui le rendra moins cher et plus efficient.


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